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Elle a débusqué des trafiquants de bois, cette lanceuse d’alerte nous donne ses conseils

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Elle a débusqué des trafiquants de bois, cette lanceuse d’alerte nous donne ses conseils
Alban Leduc
23/5/2024

La vigilance citoyenne a permis à Virginie et à son association de montrer comment du bois coupé dans les Yvelines était envoyé en Chine. Pour La Corneille, elle nous raconte, pour inviter le grand public à devenir à son tour lanceur d’alerte sur le vivant.

Rien ne prédisposait Virginie à mettre au jour un trafic de bois international. Rien, sauf sa vigilance pour son environnement proche, en Île-de-France. Impliquée dans la protection du terrain de l’ancienne école de sa commune voué à se transformer en zone pavillonnaire, Virginie reçoit de nombreuses alertes de particuliers sur de possibles atteintes à l’environnement. Elle fonde alors une association et décide de quitter son poste d’auxiliaire de vie pour se consacrer pleinement à la création d’un réseau de vigilance citoyen.

De tes émotions, tu partiras

“Le grand massacre”. C’est comme ça que Virginie a décidé de nommer l’opération d’élagage de près de 200 arbres remarquables chez des particuliers de la commune de Septeuil en 2022. “On s’est rendu compte sur place que c’était n’importe quoi. On nous parlait de coupes sanitaires, régénératives, ou de “sécurisation”, mais ils ont pris l’ensemble des arbres et ont fait tomber les houppiers à terre, en endommageant d’autres espaces de végétation.” Consternée face à cette opération, son association tente par tous les moyens d’alerter les pouvoirs publics et le maire, seul à même d’interrompre le “massacre”.

Pour la coupe, les forestiers ont directement démarché des propriétaires privés et ont simplement dû remplir une autorisation auprès du maire, qui refuse de revenir sur sa décision. Les citoyens décident alors de se mobiliser. “Avoir une sensibilité est à l’origine de tout. Pas besoin de grand-chose pour se rendre compte que c’est un carnage”, considère Virginie.

Même sans formation, aider, tu pourras

Député, préfet, médias… l’association de défense des arbres transforme la sensibilité citoyenne en moteur pour mobiliser de nombreux leviers. Les membres vont même jusqu’à demander à un huissier de se rendre sur place pour attester l’infraction et porter plainte. “Moi personnellement, mes connaissances sur l’environnement, c’est zéro”, confesse Virginie, “mais ensemble, on arrive à faire bouger les lignes”.

Des bénévoles adeptes de la course à pied, du vélo ou même des particuliers depuis leur jardin ; chacun présente un poste d’observation particulier pour alerter sur les atteintes à l’environnement. Depuis 2013, la loi encourage tout à chacun à devenir lanceur d’alerte en matière de santé publique et d’environnement en leur garantissant un statut de protection. Or, depuis plusieurs années, cette exception est remise en cause par plusieurs textes législatifs qui restreignent ce statut au milieu professionnel. Pour autant, les sondages et études d’opinion montrent que la population continue à se déclarer prête à aider dans l’observation de délits et atteintes environnementales. Ne reste plus qu’à savoir comment.

Un réseau d’observations, tu constitueras

Une photo envoyée au bon endroit. C’est ça qui a finalement fait basculer la coupe des arbres de Septeuil en délit environnemental. Un des adhérents de l’association de Virginie - “Sauvons la Tournelle” - envoie un jour la photo d’un camion de l’entreprise Euro Bois, chargée de l’opération d’élagage. En zoomant sur les détails, les bénévoles parviennent à identifier le numéro d’immatriculation du conteneur.

Par une simple recherche internet, ils découvrent alors que le bois prélevé dans les Yvelines est en fait destiné à la vente en Chine. D’abord réticente, la gendarmerie accepte finalement d’entendre les lanceurs d’alertes et d’examiner leurs éléments. Suite à leur propre enquête, ils découvrent des transferts d’argent entre la Turquie, la France et la Chine où le chêne se vend à prix d’or depuis que l’État y interdit la coupe. Au cours de la perquisition, les enquêteurs saisissent près de 27 000 euros en liquide et découvrent que certains motifs de coupe sont erronés et que des arbres sont abattus et volés sur des parcelles non déclarées. L’entreprise devrait être jugée le 28 mai prochain au Tribunal de Versailles.

Une leçon pour le militantisme écolo et pour Virginie. Convaincue que l’efficacité de cette lutte passe par un réseau organisé, elle se consacre maintenant à la création d’une carte en ligne pour recenser les différentes coupes potentiellement illégales de son département. “Étudiants en droit, urbanistes, cartographes, on a besoin de tout le monde et surtout des jeunes”, lance-t-elle, en appelant de ses vœux à la constitution de petits groupe de vigilance dans chaque commune.

Un souhait déjà en partie exaucé par l’association France Nature Environnement (FNE) qui donne la possibilité aux particuliers de lancer l’alerte sur des atteintes à l’environnement. La carte des sentinelles de la nature recense déjà près de 6 000 signalements en France et les inscriptions ne cessent d’augmenter. Dépôts sauvages, coupes illégales de haies, mise en danger d’espèces protégées… la plateforme peine à donner suite à tous les signalements tant ils se multiplient. Le signe que la vigilance citoyenne pour l’environnement reste bien vivant.

Je découvre une atteinte à l’environnement à côté de chez moi, que faire ?

  1. Je prends des photos
  2. Je note le lieu, la date, les éventuels témoins
  3. Je crée un compte sur Les sentinelles de la Nature pour renseigner l’infraction
  4. Je clique sur “Signaler” et je renseigne ma région et le type d’infraction pour déposer mon signalement
  5. Ou alors, je contacte directement les autorités compétentes en matière d’environnement (OFB, ONF, DREAL…)

Image d'illustration réalisée à partir des photos de Sauvons la Tournelle (@M-A.P) et d'un article du Parisien

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