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La nature à l'assaut des villes ?

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La nature à l'assaut des villes ?
Charlotte Tamisier
1/5/2024

Envie d’un ciné, de bouquiner ou d’aller au musée ? Chaque mois, La Corneille vous présente une actualité culturelle en lien avec le vivant. Ce mois-ci, direction le Pavillon de l’Arsenal pour découvrir l’exposition “Natures urbaines. Une histoire technique et sociale 1600-2030”.

Quelle place le règne végétal occupe-t-il dans nos villes ? Au fil d’un parcours jalonné par des peintures, gravures, cartes, livres, et photographies, cette exposition nous propose une grande traversée de l’histoire urbaine occidentale pour tenter de répondre à cette question.

Le végétal en ville, une place longtemps marginale

Dans la ville préindustrielle occidentale, le minéral est roi. La nature y est au contraire marginale. Le végétal est le plus souvent relégué à la périphérie tandis que sa présence en centre-ville est sporadique et se limite aux jardins privés des élites.

À partir du XVIIe siècle, de nouveaux espaces de “nature urbaine” voient progressivement le jour, grâce à la création de cours plantées, d’alignements d’arbres qui remplacent les fortifications et grâce à l’ouverture de jardins royaux au public, à l’exemple de celui des Tuileries à Paris.

“Vue du Palais des Thuilleries du côté du jardin, achevé sous le règne de Louis 14”, gravure d’Adam Perelle, vers 1660. © Musée Carnavalet-Histoire de Paris / Roger Viole

La nature obtient petit à petit droit de cité

Le déploiement de la nature en ville se poursuit durant le Siècle des lumières. Les architectes et paysagistes réinventent les paysages urbains pour y intégrer le végétal à travers la création de parcs et de jardins. L’intérêt des citadins pour la nature urbaine grandit également et va de pair avec le goût croissant pour les sciences naturelles, en particulier la botanique. Ainsi, à Paris, au jardin du Roi, l’actuel jardin des Plantes, le public pouvait découvrir près de 6 000 espèces végétales.

“Jardin du roi : la nouvelle serre et le jardin de botanique”, dessin de Jean-Baptiste Hilaire, 1794. © BnF

Le déploiement en ville d’une nature pittoresque et domestiquée

Au fil des siècles, la nature a obtenu droit de cité en ville, comme l’illustrent les grands projets d’urbanisme menés au XIXe siècle qui comprennent des projets de végétalisation. L’exposition nous présente ainsi deux illustres exemples : la création à Paris du Parc des Buttes-Chaumont et à New-York du Central Park. La nature fait désormais partie intégrante de l’identité des centres-villes. Cependant, il s’agit d’une nature planifiée où la végétation est maîtrisée dans de vastes mise en scène.

“La nature «policée» qu’ils mettent en scène semble préluder à une domination sans partage de la planète et de ses ressources.”
Travaux d’aménagement du parc des Buttes-Chaumont, Paris, photographie de Charles Marville, vers 1865.© Marville / BHVP

Nature et utopies

Après la révolution industrielle, la végétation occupe de plus en plus l’esprit des architectes et des urbanistes qui cherchent à réconcilier l’urbain et la nature, notamment dans une perspective hygiéniste. La végétation est alors perçue comme un moyen d’assainir les villes et d’apaiser les mœurs. Dans ce contexte, de nombreux projets dont certains utopiques voient le jour. Ebenezer Howard, théorise ainsi la cité-jardin en Angleterre au XIXe siècle, un modèle urbain dans lequel il entend allier les avantages de la ville et de la campagne. Un demi-siècle plus tard, les urbanistes de la ville moderne s’emparent également de ce sujet comme l’architecte franco-suisse Le Corbusier qui imagine à son tour un nouveau modèle urbain :

Il faut supprimer les banlieues et mettre la nature à l’intérieur des villes.”Le Corbusier, La Ville radieuse, 1935.

Natures urbaines à préserver

Durant la seconde moitié du XXe siècle, la donne change. Premiers Sommets de la Terre, conférences des parties (COP), les menaces qui pèsent sur la nature sont progressivement perçues et dénoncées ainsi que le rôle joué par l’urbanisation. Des ouvrages pionniers tels que Design with Nature de Ian L. McHarg permettent de jeter les bases d’un urbanisme écologique. Depuis la publication de cet ouvrage, l’urbanisme n’a cessé de réinventer la place accordée à la biodiversité, de mieux en mieux comprise et prise en compte.

Aujourd’hui, la ville laisse de plus en plus la place à une végétation libre et spontanée y compris dans les jardins et parcs, emblèmes de la domestication de la nature. Et la végétation trouve aussi sa place en dehors de ces espaces traditionnels de nature urbaine. Toits, cours d’école, friches, jardins partagés, fermes urbaines…le vivant longtemps laissé à la marge de la ville se réapproprie désormais l’espace urbain pour devenir l’une de ses composantes essentielles. Des projets comme la Ferme du Bonheur à Nanterre permettent ainsi de repenser tout à la fois les liens des citadins avec le vivant et les liens des citadins entre eux.

Pour prolonger la visite, quelques ressources :

  • Manuel d’écologie urbaine, Audrey Muratet et François Chiron, les presses du réel, 2021.
  • Urbanisme et biodiversité. Vers un paysage vivant structurant le projet urbain, sous la dir. de Philippe Clergeau, Éditions Apogées, 2020.
La nature à l'assaut des villes ?
Charlotte Tamisier
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