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L’artificialisation des sols sous l’œil des artistes

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L’artificialisation des sols sous l’œil des artistes
Charlotte Tamisier
25/4/2024

Notion prisée par les médias et les politiques, l’artificialisation des sols inspire également de nombreux artistes. De la photographie à la peinture, en passant par le cinéma et la poésie, la métamorphose des territoires nourrit de nombreuses œuvres d’art dont la Corneille vous propose une sélection.

Cet article fait partie de notre série "Portrait sensible" qui explore de manière poétique des notions scientifiques ou techniques autour de la biodiversité. Découvrez ici notre premier volet consacré aux zones humides.

Centrale électrique de Navajo en construction, Documerica project, Eiler Lyntha Scott, vers 1970.

Là où les sols sont mis à nu, creusés et remués,
Les paysages remaniés et remodelés,
Là où s’infuse l’urbanité,
Où se dresse une mer de bitume, d’asphalte et de béton
Une montagne de cubes, de briques et de goudron,
Et là où les perspectives sont lissées, homogénéisées au fil des chantiers,
Se dessine la silhouette massive et rectiligne des terres artificialisées.

Capturer la mue des paysages

Vous connaissiez les ZAD, mais que savez-vous de l’objectif ZAN ?

Zéro artificialisation nette (ZAN) d’ici 2050, voilà l’objectif fixé par la France en matière d’aménagement des territoires. L’idée : limiter ou compenser la transformation des sols et de leurs usages qui contribuent à l’érosion de la biodiversité. Pour prendre de la hauteur avec ce sujet technique et en proie à de nombreux débats, la Corneille vous propose une échappée artistique en terres artificialisées.

Au début des années 2000, le photographe Geoffroy Mathieu s’intéresse au projet d’aménagement du viaduc de Millau et de l’A75. Pendant trois ans, cet artiste contemporain a suivi le chantier et a observé l’évolution du paysage dans une série photographique. Image après image, les couleurs et les formes de la vallée du Tarn se réinventent pendant la construction de l’ouvrage. Dans sa photographie de la montagne de Puech d’Ausset, routes et levées de béton émergent peu à peu des paysages calcaires des Grandes Causses.

Geoffroy Mathieu, Puech d’Ausset, Causse Rouge, octobre 2003, “Mue, paysages autour du chantier du viaduc de Millau et de l’A75”.

La valse de bétonnières, de bulldozers et le grand remaniement des terres inspirent également un très beau texte au poète Jaques Jouet, intitulé “La Montagne P”, et mis en vidéo par le réalisateur Stefan Cornic en 2022. L’auteur y décrit la rapide métamorphose du Grand Paris, durant laquelle “le sol est mobile, est flexible, comme les humains”. Des montagnes surgissent alors en quelques instants de terre défiants les lois de la géologie, faisant émerger des reliefs neufs et artificiels.

Regardez passer la grande migration des terrains aménagement-déménagement du territoire”

Jacques Jouet, “La Montagne P”, le Grand Paris des écrivains, 2022

Dans son poème, les horizons des sols sont réinventés dans un mouvement incessant d”aménagement-déménagement du territoire”. Un mouvement rappelé par la forme même du poème dans lequel chaque vers est répété d’une strophe à l’autre.

Jean-Paul Belmondo lors du tournage du film L'Homme de Rio en 1963 au Brésil. Archives nationales brésiliennes. Wikipedia Commons.

Au cinéma, c’est le réalisateur français Philippe Broca qui puise son inspiration dans l’avancée du béton. Témoin de la construction de la nouvelle capitale brésilienne Brasilia, dans la région du Cerrado, il y tourne au début des années 1960 une séquence mythique de son film L’Homme de Rio. Jean-Paul Belmondo, qui y tient la vedette, transforme le chantier urbain en un vaste terrain de jeu. Sur un sol ocre mis à nu, il tente d’échapper à des truands qui le poursuivent. Les barres de béton à peine sorties de terre deviennent alors un terrain de parcours sur lequel il effectue une série de cascades.

L’avènement de l’urbanité

Si la transformation à l’œuvre des terres séduit les artistes, il en est de même une fois la métamorphose des territoires achevée. Le peintre contemporain Dorian Cohen s’intéresse dans ses toiles à cet avènement de l’urbanité. Les paysages urbains du quotidien et notamment ceux des infrastructures routières ont ainsi inspiré sa série de peintures “Départ en vacances”.

Départ en Vacances, huile sur toile, Dorian Cohen, 2015.

Avec l’artificialisation des sols, les frontières entre les territoires urbains et ruraux s’amenuisent et de nouveaux paysages apparaissent. Dans sa série intitulée “Ouest”, le photographe André Mérian capture les mutations de sa Bretagne natale. Routes, usines ou encore zones pavillonnaires surgissent de terre et cohabitent avec les paysages “naturels” des littoraux, forêts ou champs.

André Marian, Ouest.

L’étalement urbain inspire aussi de nombreuses photographies à Nelly Monnier et Eric Tabuchi, un duo de photographes qui sillonne la France depuis 2017 afin de constituer un Atlas des régions naturelles. Les paysages artificialisés  - routes, habitations, zones commerciales et industrielles, etc. - y occupent une place centrale. C’est notamment le cas dans une photographie prise à la Grande-Motte, une ville dont le paysage littoral fut complément redessiné par l’aménagement d’une station balnéaire dans les années 1960. Des masses de béton en forme de pyramides ou de coquillages s’élèvent depuis derrière les bancs de sables.

Eric Tabuchi et Nelly Monnier, La Grande-Motte, Atlas des régions naturelles.

Le vivant fait de la résistance

L’urbanité se diffuse mais le vivant n’a pas dit son dernier mot. Dans les interstices ou dans les espaces laissés à l’abandon, la vie reprend ses droits sur le béton et le goudron. Des situations qui attirent la curiosité d’artistes comme Edith Roux. Dans sa série “Minitopia”, elle photographie la flore sauvage urbaine parmi laquelle elle dissimule des silhouettes humaines miniatures. Réalité et fiction s’entremêlent ainsi avec humour et poésie.

Edith Roux, Conyza sumatrensis,Vergerette de Sumatra, “Minitopia”.

Nelly Monnier et Eric Tabuchi dans leur Atlas des régions naturelles ont également saisi le développement d’une flore spontanée comme c’est le cas sur les sites industriels laissés en friche. Dans ces paysages de ruines modernes, les sols imperméabilisés disparaissent petit à petit sous l’action d’une reconquête végétale et animale du milieu. Le vivant reprend alors ses droits.

Eric Tabuchi et Nelly Monnier, Crécy-la-Chapelle, Atlas des régions naturelles.

Quelques ressources pour prolonger l’échappée :

  • Un livre : Danièle Méaux, Géo-photographies. Une Approche renouvelée des territoires, Edition Filigranes, 2015.
L’artificialisation des sols sous l’œil des artistes
Charlotte Tamisier
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