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L’Europe, terre de migration animale

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L’Europe, terre de migration animale
La Corneille
6/6/2024

Il n’y a pas que les étudiants qui traversent le vieux continent grâce aux programmes européens. De nombreuses espèces animales et végétales aussi ! De l’ours amoureux, aux grands tétras expatriés, La Corneille vous présente quelques histoires naturelles européennes, pour vous montrer que le 9 juin prochain, vous ne voterez pas que pour les humains.

Des espèces voyageuses en Europe

Une pipistrelle long-courrier

Pipistrellus nathusii fait partie des rares espèces de chauves-souris migratrices en Europe. Au cours de l’année, cette espèce, la plus grande des Pipistrelles, effectue de longs déplacements entre les sites où elle met bas, situés dans le nord-est de l’Europe, et les sites où elle hiberne, situés dans le sud-ouest de l’Europe. Si la Pipistrelle de Nathusius parcourt habituellement de longues distances, un individu bagué a néanmoins crée la surprise par son voyage de 2 200 km de la Lettonie et l’Espagne entre 2015 et 2017. Un trajet de trois jours pour les humains en train et en bus !

À pas de loups

D’autres mammifères comme le loup gris, Canis lupus, effectuent également de longs voyages en Europe. Le domaine vital de cette espèce de canidé s’étend sur de vastes territoires (plusieurs centaines de kilomètres) et chaque individu peut effectuer plusieurs dizaines de kilomètres par jour. En 2024, on a découvert qu’un spécimen nommé “GW1909m” avait sillonné l’Europe sur 1 240 km. De l’Allemagne à l’Espagne en passant par la France, sa traversée de trois ans a pu être retracée grâce à un suivi génétique de l’animal mis en place par différents pays européens.

Loup gris commun @ Wikipedia Commons

L’amour n’a pas de frontière

Ours brun, loups, lynx, ou encore bisons d’Europe, de nombreuses espèces vivent à cheval entre plusieurs pays, dans la chaîne de montagnes des Carpates, située en Europe centrale. Parmi eux, Iwo a sorti son épingle du jeu. En effet, cet ours brun a sillonné les Carpates pendant huit jours pour trouver l’amour. Une épopée de 120 km entre la Pologne et la Hongrie ! Ce type de déplacement n’est pas rare pour cette espèce lors de sa période de reproduction mais est rendu de plus en plus difficile par la fragmentation des paysages, un crève-cœur…

Agir à l’échelle européenne, oui mais comment ?

“Ramener la nature dans nos vies”. Tout un programme qu’est censé suivre l’Union européenne pour améliorer l’état de la biodiversité à l’horizon 2030. Et oui, nos vies et celles des différentes espèces non humaines sont intimement liées à l’Europe et à son territoire. Les institutions s’appuient ainsi sur trois grands leviers transfrontaliers pour restaurer les écosystèmes et aider les espèces à se rétablir entre les différents pays.

Parmi eux, le réseau d’aires protégées Natura 2000 qui doit limiter les activités humaines néfastes sur [27 522 sites, soit 18 % des terres et 6 % des océans](https://www.natura2000.fr/natura-2000/qu-est-ce-que-natura-2000#:~:text=Le réseau européen Natura 2000&text=En Europe%2C le réseau représente,la zone économique exclusive métropolitaine.) de l’UE.

Le programme de subvention LIFE a également contribué à sauver de l’extinction plus de 1 800 espèces d’animaux et de plantes sauvages, dont des espèces européennes uniques, comme le gypaète barbu, le bouvreuil des Açores ou le lynx ibérique.

Enfin, le petit dernier qui se fait toujours attendre : la loi de restauration de la nature. Alors qu’elle doit permettre à l’UE de respecter ses engagements internationaux et qu’elle a été validée par toutes les institutions, elle n’a toujours pas été adoptée (lire notre article sur le sujet). Malgré ça, des programmes menés par les ONG ou les États permettent déjà à différents pays européens de se serrer les coudes pour préserver les espèces menacées.

Les tétras norvégiens débarquent en France

C’est une arrivée qui a fait beaucoup de remous. Le 26 avril dernier, le tribunal administratif de Nancy a finalement rejeté la demande des associations, qui souhaitaient interrompre l’intégration de tétras norvégiens dans les Vosges. Le plus gros oiseau terrestre de France est au bord de l’extinction alors qu’on en compte environ 200 000 individus dans le pays nordique.

Le parc naturel régional des Ballons des Vosges (PNRBV) a donc imaginé un programme de “translocalisation” qui permettrait de capturer en Norvège 40 oiseaux sauvages par an sur cinq ans afin de les introduire en Alsace. Une sorte de programme de repeuplement qui n’est pas du goût des associations locales. Envoyer des animaux stressés par le voyage dans un habitat dégradé, c’est les destiner à un sort incertain, selon elles. Malgré les critiques et les tentatives de recours, une dizaine d’animaux devraient déjà être relâchés dans les Vosges prochainement.

Grand tétras mâle - Wikipedia Commons

Le grand Vautour d’Europe

Terre et Tornade. Ce sont les petits noms donnés aux deux vautours qui viennent de prendre leurs quartiers dans le Parc national des Cévennes. Ces jeunes gypaètes barbus ont été élevés en Andalousie et ont la lourde tâche de permettre le retour en grâce de cette espèce qui avait quasiment disparu d’Europe. Mais ils ne seront pas seuls.

Autriche, République Tchèque, Allemagne… le programme de réintroduction mise sur la collaboration de plus de 40 zoos et centres d’élevage à travers l’Europe. Ces oiseaux charognards, souvent présentés comme les “éboueurs de la nature” par leur capacité à nettoyer les dépouilles sont transportés à travers le continent pour se rétablir dans les espaces montagneux. Au total, quatre à huit gypaètes barbus sont relâchés chaque année dans les Alpes – dans les Baronnies, le Vercors, en Suisse et dans le sud de l'Allemagne et devraient l’être prochainement en Corse, en Espagne et même peut-être en Bulgarie.

Faire péter les barrages aux frontières

En Europe, les animaux voyagent aussi par l’eau. Même s’ils sont de moins en moins nombreux, un certain nombre de poissons migrateurs traversent régulièrement les frontières, en remontant ou descendant les cours d’eau. Pour les protéger et leur laisser le champ libre, l’Europe supprime de plus en plus de barrages (voir notre article sur le sujet).

L’effacement du barrage Urrutienea sur la Nivelle, entre l’Espagne et la France, en 2020, a par exemple permis aux saumons absents depuis des siècles de revenir s’installer dans la région transfrontalière. Mais l’effacement de barrages ne fait pas toujours l’unanimité. Passes à poissons ou dépollutions, d'autres solutions sont également plébiscitées pour protéger les sept espèces migratrices, sous l’œil des institutions européennes.

L’Europe, terre de migration animale
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